Le jour où jai choisi de me faire confiance…

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Quand j’ai su que j’étais enceinte, j’ai fait comme je fais toujours dans ma vie. En bonne cartésienne que je suis, j’ai voulu m’informer sur la grossesse, sur l’allaitement, sur le bébé. Je suis une personne qui aime connaître le fond des choses, être renseignée, savoir ou je m’en vais. Cela allait donc de soi. J’ai feuilleté les sites internet, pas n’importe lesquels là, non, non. Les bons ! Les sites du gouvernement, des organismes. Je sais bien faire les choses ! Ensuite, je me suis procuré un livre, des livres… Un sur la grossesse, un sur l’allaitement, un sur l’accouchement, un autre sur le développement de bébé, un autre sur le sommeil de bébé… non, 4 autres sur le sommeil du bébé. Et je me suis perdue…

Je me suis étourdie. Pour la première fois de ma vie, les livres, les connaissances, la science ne suffisaient plus. À force de lire tout et son contraire, j’en suis venue à douter. Douter de moi d’abord, douter de mes compétences parentales. Pourquoi donc mon bébé buvait plus souvent qu’aux 3 heures. C’est pourtant écrit qu’elle doit boire aux 3 heures… Je m’en suis voulue souvent, je me suis souvent demandé ce que je ne faisais pas de bien pour que mon enfant ne réponde pas aux normes. Et puis, de fil en aiguille, sans m’en rendre compte, de façon sournoise, j’ai commencé à être exigeante envers mon enfant. Ce petit bébé d’à peine quelques semaines, quelques mois, je voulais lui imposer les règles, les normes. Elle n’en a rien à faire elle que Mme spécialiste du sommeil dise qu’elle doit dormir dans son lit à 6 semaines. Elle, c’est dans les bras de maman qu’elle voulait dormir, blottie contre ses parents. Elle ne serait pas d’accord non plus avec le fait qu’on doive lui enlever sa suce pour qu’elle dorme de belles nuits. Tout ce qu’elle veut, c’est s’apaiser, être bien. C’est là que je me suis fait prendre au piège. Entre le coeur et la raison, entre la pensée rationnelle et l’émotionnelle. Je me suis égarée quelque part entre ce qui est normal et ce qui est vrai, ce qui est vécu et ce qui est pensé.

Bien évidemment, je savais que c’est mon coeur qui allait gagner, mais je ne me faisais pas confiance. Je voulais bien faire les choses, je ne voulais surtout pas créer de problèmes de sommeil à ma fille, de caprices, de mauvaises habitudes. J’étais prise entre le moment présent et le futur. Et c’est là que j’ai cherché, au plus profond de moi, ce qu’on appelle l’instinct. Mais cet instinct parental, il est neuf lui aussi. C’est un peu l’héritage que m’a laissé bébé au fond de mon ventre lorsqu’elle l’a quitté. Un souvenir, un cadeau que je dois découvrir, un genre de mode d’emploi oublié au fond de mon utérus, un guide ! C’est peut-être une part de l’âme de mon bébé qui me souffle quoi faire, qui m’aide à prendre des décisions.

Cet instinct, il n’est pas toujours facile à cerner. Parce qu’il faut être fait fort pour jeter du revers de la main les grandes théories, les études et les statistiques, surtout pour quelqu’un comme moi ! Il faut être fort pour assumer d’aller à l’encontre de la « norme », ce qui est supposé. J’ai longtemps jalousé celles qui arrivaient à ne pas s’en faire avec la vie, celles qui étaient zen, qui n’avaient rien lu et qui s’en contrefichaient. Celles qui lâchaient prise, qui laissaient les choses aller, qui faisaient ce qui leur tentait. Je les trouvais peut-être un peu naive quand j’étais enceinte, je me disais qu’elles frapperaient un mur quand bébé arriverait, qu’elles n’étaient pas préparées… mais c’était faux. C’est moi qui l’a frappé ce mur. Parce qu’à travers toute ma préparation, j’avais oublié l’essentiel. J’avais oublié de penser à mes émotions, à ce que je désirais pour mon bébé, ce qui m’importait vraiment.

Et j’ai choisi… trop tard, mais j’ai choisi. J’ai choisi que je voulais profiter de chaque instant avec mon bébé. Que j’essaierais le plus possible de ne pas compter : ni le nombre d’onces qu’elle boit, ni le nombre d’heures de sommeil, la quantité qu’elle mange. J’ai décidé que je bercerais mon bébé dans mes bras, que je lui donnerais la suce même si ce n’est pas la meilleure façon de l’endormir. J’ai choisi de l’écouter et de tenter de la rendre heureuse, pas de la rendre autonome à 2-5-7 mois. Pas de la faire pleurer pour qu’elle comprenne. Pas de lui montrer à se passer de moi. J’ai décidé qu’aujourd’hui et demain, et tant qu’elle le voudra, je serai là et je ferai tout ce qu’il faut pour qu’elle soit bien.

J’ai choisi de lui faire confiance. De tenter de lui enlever cette pression inutile que je lui mets sur les épaules. Et j’ai pleuré… longtemps, souvent… je me suis sentie coupable, je me sens coupable. De lui avoir fait vivre, de lui faire encore parfois vivre de la pression pour des choses qui ne la concernent pas, pour des histoires d’adulte. De ne pas l’avoir écouté alors qu’elle me disait si fortement ce qu’elle désirait.

Mais il est hors de question que quiconque ou quoi que ce soit ait plus de valeur à mes yeux que mon bébé, que ses besoins. J’ai donc mis mes livres de côté (je fantasme encore de les brûler), d’arrêter le plus possible de réfléchir et de juste vivre, profiter.

Et c’est là que j’ai trouvé et que je découvre jour après jour ce qui fait le plus de sens. Ce ne sont pas les études, ni les statistiques et les moyennes faites sur 5 000 enfants. Ce qui fait du sens, c’est ce qui se passe dans le regard entre moi et mon bébé, ce que je ressens quand je l’ai dans mes bras, les émotions que je vois sur son visage. Quand elle se blottie dans mes bras, qu’elle s’apaise et ferme les yeux en douceur, quand elle me regarde au plus profond des yeux et me fait un grand sourire, quand elle rit à mes grimaces, c’est ce qui me dit que, quelque part, malgré tout, je dois faire une pas pire job.

 

Par Marie-Ève Shank

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