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2008, je t’emmerde et te remercie…

2008 a été l’année la plus difficile de ma vie, mais aussi celle qui m’a fait le plus grandir.

Tout commence en février. Mon père vient d’apprendre qu’il a le cancer de l’œsophage. Pour bien illustrer ce qu’il vivait, il avait une masse de la taille d’un pamplemousse coincée dans son œsophage. Il était du genre « bon vivant » qui aime manger. Beaucoup. De tout. Maintenant, tout ce qu’il ingurgite passe par un tube. En quelques mois, il a perdu tellement de poids qu’il est presque méconnaissable. Ce qui a surtout changé ce sont ses yeux. Son regard est doux et aimant. Il faut comprendre que mon grand-père est mort d’un cancer alors que mon père avait à peine vingt ans. Par la suite, il a vécu avec cette rage en lui, dans ses yeux. La maladie lui a permis de faire la paix et de retrouver de la douceur dans son regard.

Crédit: Véronik Lalonde

Au mois de mai, j’apprends que je suis enceinte. C’est une surprise pour moi, car je suis dans une relation, disons, compliquée et je prends la pilule. Je décide de le garder.

À la fin juin, j’annonce à mon papa qu’il sera grand-père. Après quelques instants de confusion, il comprend. Il est ému. C’est touchant. C’est beau. Il l’annonce à mes frères. Il pleure de joie. Il est si content. Ce fut un des moments les plus intenses qu’il aura vécu pour ses derniers jours. Il s’est éteint le 7 juillet 2008 à l’âge de 54 ans. Mon cœur pleure, mais je m’accroche. J’ai un petit être qui grandit en moi. Je dois être là pour lui.

Début septembre, c’est l’échographie. Un beau garçon en santé. Tout va bien.

Crédit: Véronik Lalonde

En octobre, je suis inquiète. Bébé ne bouge pas beaucoup depuis quelques semaines. Je prends un rendez-vous avec mon médecin. Il cherche le cœur. Ne le trouve pas. On passe à l’échographie. Il cherche, arrête et me regarde l’air désolé. Il me dit : « J’ai une mauvaise nouvelle. Le cœur de ton bébé s’est arrêté. Prends le temps dont tu as besoin. Je vais avertir l’hôpital de ton arrivée ». Il quitte la salle et me laisse seule. Seule avec ma peine. Je finis par réussir à sortir de la salle. Je me ressaisis devant les bedaines pleines de vie et me précipite à l’extérieur. J’appelle le papa. Une fois arrivé, il court au département de maternité. Il ne comprend pas que tout est fini. Lorsqu’il finit par comprendre, il s’écroule. Littéralement.

Les médecins et les infirmières se succèdent et nous expliquent tout en détail. Je devrai accoucher de mon bébé. J’aurai l’épidurale et je ne souffrirai pas. J’ai tenu dans mes bras mon beau garçon de près de 500 g. Il était minuscule, mais semblait si fort. Une cérémonie en sa mémoire a été faite à la chapelle de l’église en compagnie de nos familles. Mon bébé est né le 21 octobre et a rejoint les bras de son grand-père en même temps.

J’ai mis des mois, des années à m’en remettre.

2008, je t’emmerde et te remercie. Je te remercie parce que j’apprécie encore plus les gens qui m’entourent, je prends soin de leur dire que je les aime. Je suis reconnaissante à tous les jours pour le beau grand miracle qui partage ma vie depuis près de quatre ans.

Crédit: Véronik Lalonde

Les horreurs de 2008 se sont changées en beaux souvenirs. Les yeux doux de mon père et la force de mon bébé. Quand je pense à eux, je les imagine assis sur un arc-en-ciel à se balancer les pieds dans le vide, comme deux gamins.

Crédit: lutx6078

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